Les origines d’Il Pennello

Question à Serge Perrotin, scénariste.

 

Le projet Il Pennello (le pinceau, en italien) est né d’une double envie : celle d’écrire sur le monde de l’art - plus particulièrement sur celui de la bande dessinée - et une seconde, plus diffuse, d’aborder de façon indirecte certains grands mythes des civilisations occidentales. Car, comme le souligne le scénariste Jean Van Hamme, les mythes sont connus, parfois inconsciemment, de la plupart des lecteurs. La découverte d’une oeuvre qui y fait référence, de façon directe ou sous-jacente, est donc plus aisée. Le lecteur se retrouve alors en terrain connu et son plaisir est d’autant plus grand si ce mythe lui est cher.

Je voulais donc aborder la spécificité du 9ème art, parler de ses contraintes, des difficultés rencontrées par les dessinateurs qui rêvent d’en faire leur métier. J’ai cherché un angle original et ai pensé à un artiste médiocre, un personnage un peu falot qui userait en vain ses crayons depuis plus de vingt ans. Je me suis alors posé la question suivante : « Et si cet homme recevait en cadeau un outil, un objet, qui transcenderait son talent…. Qu’en ferait-il ? ». Des œuvres majeures bien sûr, des planches merveilleuses qui marqueraient à jamais l’histoire de la bande dessinée. Mais si cet outil était plus qu’un « élévateur » de talent. S’il permettait, au-delà de ses capacités à produire du « beau », de détruire ou donner la vie au sujet représenté sur la planche. Alors il transformerait de fait son utilisateur en un démiurge tout puissant ; l’égal d’un dieu au pouvoir de vie et de mort sur ses créatures. Le mythe du Golem était là.

Mais ce don n’allait, bien sûr, pas être offert à mon personnage sans condition. Un pacte faustien devait forcément être instauré afin de pouvoir utiliser l’artefact magique. Jusqu’où notre loser serait-il prêt à aller pour réaliser ses rêves ? Quel prix serait-il prêt à payer ?

 

Mon héros dessinateur de BD était bel et bien confronté à deux mythes. Ne restait plus qu’a le plonger, ainsi que « sa » créature, dans un futur proche. Une anticipation me permettrait en effet de tuer tardivement certains auteurs de bande dessinée vivants sans froisser ni porter le mauvais œil sur leur vie réelle 

 

Il ne nous restait plus qu’a inventer le Paris de demain ; la ville de 2054 qui accueillerait notre petit théâtre de marionnettes.