L’ARCHITECTURE JAPONAISE ET L’ARCHITECTURE DU MOUVEMENT MODERNE. Modernité :

La question de la modernité me semble posée de manière très intéressante par Michel Foucault qui, s’appuyant sur des travaux de Kant (Qu'est-ce que les Lumières ? 1784) et des textes de Baudelaire, définit la Modernité comme une attitude et non pas comme une période de l’histoire des idées, comme cela est souvent le cas.

 

Reste maintenant à définir cette attitude.

 

 

Michel Foucault, Philosophe (1926-1984) :

 

« En me référant au texte de Kant, je me demande si on ne peut pas envisager la modernité plutôt comme une attitude que comme une période de l'histoire.

(…) On essaie souvent de caractériser la modernité par la conscience de la discontinuité du temps : rupture de la tradition, sentiment de la nouveauté, vertige de ce qui passe, Et c'est bien ce que semble dire Baudelaire lorsqu'il définit la modernité par « le transitoire, le fugitif, le contingent ». Mais pour lui, être moderne, ce n'est pas reconnaître et accepter ce mouvement perpétuel ; c'est au contraire prendre une certaine attitude à l'égard de ce mouvement ; et cette attitude volontaire, difficile, consiste à ressaisir quelque chose d'éternel qui n'est pas au-delà de l'instant présent, ni derrière lui, mais en lui. La modernité se distingue de la mode qui ne fait que suivre le cours du temps ; c'est l'attitude qui permet de saisir ce qu'il y a d' « héroïque » dans le moment présent. La modernité n'est pas un fait de sensibilité au présent fugitif ; c'est une volonté d’ « héroïser » le présent. »

 

(…) « Cependant, pour Baudelaire, la modernité n'est pas simplement une forme de rapport au présent ; c'est aussi un mode de rapport qu'il faut établir à soi-même. L'attitude volontaire de modernité est liée à un ascétisme indispensable. Etre moderne ce n'est pas s'accepter soi-même tel qu'on est dans le flux de moments qui passent ; c'est se prendre soi-même comme objet d'une élaboration complexe et dure : ce que Baudelaire appelle, selon le vocabulaire de l'époque, le « dandysme ». Je ne rappellerai pas des pages qui sont trop connues : celles sur la nature « grossière, terrestre, immonde » ; celles sur la révolte indispensable de l'homme par rapport à lui-même ; celle sur la « doctrine de l'élégance » qui impose « à ses ambitieux et humbles sectaires », une discipline plus despotique que les plus terribles des religions ; les pages enfin sur l'ascétisme du dandy qui fait de son corps, de son comportement, de ses sentiments et passions, de son existence, une oeuvre d'art. L'homme moderne, pour Baudelaire, n'est pas celui qui part à la découverte de lui-même, de ses secrets et de sa vérité cachée ; il est celui qui cherche à s'inventer lui-même. Cette modernité ne « libère pas l'homme en son être propre » ; elle l'astreint à la tâche de s'élaborer lui-même. »

 

Ce texte, « Qu'est-ce que la philosophie moderne ? » a été publié une première fois, in les inédits du magazine littéraire, en 1993.

Publié une 2ème fois in Textes et entretiens 1954-1984 (Gallimard, Paris, 1994)

 

 

Je proposerai volontiers de comprendre cette attitude comme une recherche permanente, à caractère scientifique, obstinée, ouverte, curieuse et sincère devant des questions soulevées par son époque, au-delà des styles et des modes, pour aller à l’essence des choses et pour inventer au-delà.

En cela Le Corbusier est incontestablement un architecte moderne, au même titre que Brunelleschi, à la Renaissance.

 

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