PATAUT. Entretien 2. Se relire

 

Le Cas Perenfeld présente plusieurs textes de Fabrice PATAUT.

Comment circule-t-on dans sa propre oeuvre, traduite dans une autre langue, oubliée, vu par d'autres créateurs ?

 

 

 

Entretien avec Franck Senaud

 

 

 

F. S.

 

L’éditeur a-t-il donné des contraintes de format ou de thématique?

 

 

 

F. P.

 

Aucune. J’ai été entièrement libre de mes choix.

 

 

 

F. S.

 

L’inventaire par thématique dans la Table Périodique est riche, et tout à fait étonnant.

 

 

 

F. P.

 

Inventaire. C’est le mot. Je me suis promené dans un appartement très encombré, j’ai pris mon bloc-notes et repertorié un certain nombre de motifs de prédilection.

 

F. S.

 

Il y a un triple travail surprenant dans ces nouvelles: une relecture et réécriture de toi-même. Comment se lit-on? Comment se relit-on?

 

 

 

F. P.

 

Je crois qu’on se relit en fonction des autres, en fonction de ce qu’ils ont écrit et de leurs propres doutes. Les très nombreux livres lus par Ricardo dans « Mademoiselle Salinas » mis à part, il y a en tout et pour tout trois références directes dans ce recueil : à Gide, à Colette, et à Saki.

 

 

 

La lecture de ces auteurs a joué un rôle très important dans la rédaction et la correction de ces nouvelles. Je les lis beaucoup, de manière répétitite, et depuis longtemps. Il ne s’agit pas d’une influence directe ou imitative, mais plutôt d’un ascendant. J’ai succombé à leur charme. D’où, peut-être, de leur part, une certaine tyrannie. Ce n’est pas par hasard que Le voyage d’Urien est le livre de prédilection des deux frères dans « Cartes postales »

 

J’ai ensuite retravaillé les nouvelles qui avaient d’abord été publiées dans leur traduction portugaise (As Ostras e Outros Contos [Les huîtres et autres contes], Livros do Brasil, Lisbonne, 2000) à partir de cette traduction. On pourra dire que c’est un travail plus musical que littéraire, par lequel je me suis éloigné de mes origines. Pourquoi pas. J’ai retrouvé mes textes dans une langue qui n’est pas la mienne. J’ai appris à me les rapproprier, à les modifier, à les épurer.

 

Il y a parfois également un travail visuel. J’ai corrigé « Le Rhin » en partant d’un diorama de Gilles Ghez postérieur à la publication de la nouvelle. Si les corrections sont nimines, c’est que ce diorama est la parfaite expression picturale de cette nouvelle. Ou, mieux encore, son double.

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