ROSENSTHIEL. Entretien7. VILLES : LOGIQUE DE LABYRINTHE ?

 

"La grande intuition que nous avons sur le chaos des idées qui tournent dans notre tête, est ce miracle : en définitive, on attrape un fil et on va pouvoir faire un discours qui va amener une idée, argumenter.

Il y a là un miracle."

Pierre Rosenstiehl.

 

FS : Continuons avec les villes, Naples que tu connais, une ville compliquée et simple.

Dans le chapitre « la myopie des automates », tu expliques qu'un labyrinthe est un système acentré. Un des personnages parle de scribes sans emploi où chacun fait un petit morceau de l'histoire. Tu décris cette myopie : il faut que chacun ne sache pas ce que le suivant fait. Est-ce qu'une ville ne se développe pas de cette façon là ?

 

Pierre Rosentiehl : Un développement vernaculaire ?

 

FS : Voici une photo de Tokyo qui donne une impression de signification mais qui est en même temps totalement perdue.

 

Pierre Rosentiehl : Il y a un grand souci d'urbanisme dans Tokyo.

FS : Le dédale que tu décris, qui vient du labyrinthe, où chaque morceau est myope, c'est aussi une société comme Big Brother où chaque fonctionnaire prend un petit bout et se fout du reste. N'est-ce pas le défaut « intellectuel » d'un système de réseau ? Étant donné que chaque morceau ignore le suivant. Est-ce que ce système peut fabriquer de l'incohérence ?

 

Pierre Rosentiehl : Dans la vie, il y a sûrement eu beaucoup de tentatives qui n'ont pas abouti parce qu'elles n'étaient pas bonnes. Mais dans la façon dont j'aborde le sujet, je suis assez proche du fonctionnement des horloges : les choses fonctionnent à condition qu'il n'y ait pas de raté.

Les penseurs, comme Henri Atlan, israélien qui a étudié les cités auto-organisées en biologie, ont habilement développé des notions sur les ratés, le hasard. Pour refaire des modèles qui correspondent un peu à la vie biologique, il faut prendre en compte des ratés, créer de la cohérence, même s'il y a de la redondance et des ratés. Ici, nous n'abordons que le problème du myope.

 

Henri Atlan par Thomas Louapre

FS : Ce que tu décris concerne des machines ? Des auto-organisations ? Et tu ne l'exporterais pas aux humains ou à l'organisation d'une ville ?

 

Pierre Rosentiehl : Si peut être, dans la façon dont chacun gère ses idées dans sa tête. La grande intuition que nous avons sur le chaos des idées qui tournent dans notre tête, est ce miracle : en définitive, on attrape un fil et on va pouvoir faire un discours qui va amener une idée, argumenter.

Il y a là un miracle. On ne sait pas très bien ce que cela veut dire. Mais en fait le système de parenthèsage, qui est la structure dont on parlait plus haut, est quand même une des façons simples d'évoquer une suite d'idées qui sont entremêlées. Bien entendu, le langage va écorner la règle. Mais en fait il y a dans l'arrière fond, une sorte de solution facile et claire, qui est de bien parenthèser ses idées.

 

FS : Ce que tu veux dire, c'est que ton intuition du rapport au labyrinthe ou au dédale vaut pour faire un lien entre le schéma minoen et les réseaux.

Mais tu te méfierais à l'exporter comme modèle donc aux villes ?

 

Pierre Rosentiehl : Oui, il ne faut pas décliner trop le modèle simpliste. Il n'y a pas de modèle universel.