PLISSART. Entretien5.  LE LIEN

 

Par la géométrie, par le sujet, la lumière, comment faire tenir ensemble et RELIER LES ELEMENTS.

Donc composer.

 


Franck : Vous parlez d’horizon et, justement, je n'ai rien lu sur votre rapport à l'horizon. Je trouve que ce qui est fréquent, c’est que lorsque vous avez des horizons très marqués, vous avez toujours quelque chose qui vient faire la jointure du bas vers le haut.

Plissart : Il ne faut jamais prendre un horizon tout seul.

Franck : Mais même quand vous assumez quelque chose de très frontal, vous avez un élément qui vient pénétrer du haut vers le bas ou du bas vers le haut. Puisque ça me semblait assez frontal, assez statique, c’est une façon d’animer votre surface de faire monter le sol dans le ciel.

Je me suis demandé pourquoi vous faisiez cela et je me dis que c’était une façon de mettre du mouvement en restant très statique.

Ce qui vous intéresse c’est les interrelations entre les choses et ceci est la traduction visuelle d’une interrelation entre un haut, un droite, un gauche. En déformant votre perspective vous faites cela aussi, en ayant une espèce d’effet de fish-eye, vous faites rentrer les éléments visuellement les uns dans les autres même ce qui est au bord de l'image. Et ça attrape du hors champ.

Plissart : Fish-eye… J’ai horreur de la déformation. Quand on me dit que je fais de la déformation, il y a un petit choc. Treize ans après je vois que je pourrais améliorer des choses, sur le redressement des perspectives. Mais je déteste les déformations. Le fish-eye c’est un avant-plan qui est gigantesque, c’est un autre effet.

Franck : Je ne parle pas d'une déformation visuelle, ou narrative, comme Hitchcock qui déforme les éléments pour qu’ils aient l’air mystérieux. Chez vous, c’est l’impression qu’il y a une dynamique visuelle, sans apporter d’éléments qui soient anecdotiques, une déformation qui lie les éléments entre eux.

Plissart : D’accord, c’est ce que je cherche.

Franck : Est-ce que c’est par l’anecdotique que vous commencez ?

Dans l’ordre où vous semblez procéder : l’humain et l’anecdotique vous plaisent, puis vous dites, je me mets à distance, je ne fais pas d’exotisme ou je ne fais pas d’anecdotique pour l’anecdotique. Puis les lignes de force visuelles vont venir remplacer la mise en relation culturelle ou intellectuelle ou sentimentale entre les éléments. Tout comme votre effet de grille, et cet effet de grille va créer de la relation en restant à distance du sentimental.

Ça me donne cette impression-là, les éléments visuels sont très forts chez vous, mais ce n’est pas du tout une photo formaliste ni une photo géométrisante parce que les éléments humains ou anecdotiques ou culturels, apportent quelque chose qui va casser cette géométrie et en même temps qui va l’accompagner.

Plissart : C’est bien ce que vous dites, ça me va très bien, c’est super ! Je ne l’aurai jamais formulé comme cela.

C’est vrai que le formalisme pour le formalisme ne m’intéresse pas. Mais en même temps la forme m’intéresse énormément.

Franck : Vous parlez de la grille mais aussi de : « développer la maille », ce qui n’est pas tout à fait pareil. Le système de grille moderniste c’est Mondrian et cela crée un effet de série.

Mais à y regarder vous chassez le système de grille, vous développez plutôt ces mailles, il y a une maille à l’endroit, une maille à l’envers, les éléments formels se correspondent et viennent casser le systématique de la grille.

C’est vraiment cette interrelation qui vous intéresse entre les gens, et entre les gens et l’espace. Ca paraissait évident que vous feriez quelque chose sur la danse comme une continuité. J’arrive à la terminaison de tout ce que vous avez fait. Ca parait normal que vous ayez travaillé sur le théâtre ou sur la danse.

Par contre ça me parait surprenant que vous ayez commencé si fort avec du portrait. Le portrait est assez frontal au sens humain, culturel.

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