ROSENSTHIEL. Entretien9. DESSINER UN LABYRINTHE ?

 

Existe-t-il des milliers de dessins de labyrinthes ou quelques matrices simples suffisent-elles à les construire ? Les conseils de Pierre Rosenstiehl.

 

FS : Je suis professeur de dessin mais j'aurais du mal à retenir par cœur ce dessin de labyrinthe. J'aurais plutôt intérêt à comprendre la logique que tu décris pour le retrouver plutôt qu'essayer de l'apprendre par cœur et de me torturer la tête ?

 

Pierre Rosentiehl : Oui tu as plutôt intérêt à le numéroter de 1 à 8.

FS : Cette figure là que tu dessines dans ton livre, comment l'as tu trouvée ?

 

Pierre Rosentiehl : Elle est connue, je l'ai rendue plus simple, en la numérotant de 1 à 8, ensuite on joint le 2 à 2, le 3 à 3, sans que ça ne se touche, ni ne se croise.

A Chartres, un pèlerin est à genoux, il a une voie sur sa droite et une sur sa gauche, il voit les pèlerins simplement aller dans un sens ou un autre. C'est çà qui m'a troublé. C'est simplement une règle topologique.

 

FS : Et la découpe en huit, d'autres gens l'ont déjà modélisée ?

 

Pierre Rosentiehl : Oui.

 

FS : Et pourquoi huit ?

 

Pierre Rosentiehl : Tu peux essayer d'en mettre moins ou plus. Si tu en mets moins, tu vas avoir quelque chose qui ne sera pas très intéressant, tu vas le retenir par cœur , si tu en mets plus, tu t'embrouilles.

Je me suis amusé à créer des « super Chartres », avec non pas la croix mais plusieurs branches, et pas les 12 cercles concentriques. Que ce soit Chartres ou Saint Quentin, tu es toujours en train de te déplacer par rapport à un centre, tu restes à égale distance du centre, sauf quand tu commences à changer de niveau.

FS : Est-ce qu'il y a obligation qu'il y ait une croix ?

 

Pierre Rosentiehl : Non pas du tout. Cette croix tu vas la retrouver à Chartres, elle n'est pas dessinée, mais elle apparaît parce que le canevas marche sur la croix à 4 branches égales.

C'est la première fois ici qu'apparaît une structure. Cette croix doit avoir 4 branches. Tu vas la dessiner très serrée dans un quadrillage.

 

FS : Le carré vide plein est plus efficace dans un carré qui se structure ?

 

Pierre Rosentiehl : Là, il y a un problème car pour mes amis théologiens il y a une croix.

Chartres témoigne que c’est la même croix avec quatre branches égales.

 

FS : Ce qui est différent de la croix chrétienne qui est décentrée.

 

Pierre Rosentiehl : Oui voilà.

On pourrait dire que la nef et les transepts ne sont pas égaux. Mais dans le labyrinthe, ce qui a beaucoup gêné les clercs de l’Eglise, c'est que le labyrinthe n’avait pas l’air de procéder de la liturgie des mystères de la révélation, car le labyrinthe des Compagnons est un hommage à Dédale qui est le patron des bâtisseurs. Ces hommages ont forcément la mémoire des labyrinthes de Dédale.

FS : Tu opères un glissement important : un labyrinthe est une jolie forme décorative, c’est aussi un motif en fait, qui peut faire un tatouage, un vêtement, un entrelacs, un rapport de vides et de pleins qui va passionner tous les décorateurs pour occuper une surface, sauf qu’il a une signification, c’est là que ça glisse vers quelque chose de complexe.

Je peux dessiner des spaghettis et veiller sur les rapports de vide et de plein mais il n’y aura pas cette structure qui unifie. C’est ce qui rend le labyrinthe fascinant. Il est là pour décorer mais il a une signification, un objet d’une complexité intellectuelle incroyable. Il y a enfin une métaphore de vie, de mort. C’est ce glissement-vers une signification forte qui le fait se retrouver architecturalement.

 

Pierre Rosentiehl : J’ai beaucoup collectionné sur ce sujet-là. Il y a des sociétés de labyrinthologues, il y a des gens qui collectionnent. Il y a des très beaux livres.

Tout d’abord, Schuster (il est anthropologue, c’est le « Lévi-Strauss américain ») domine, il a publié 12 volumes sur des documents pour les études anthropologiques. Il y a toutes sortes d’objets, de dessins qui sont relevés.

FS : Existe-t-il dix matrices de labyrinthes et avec celles-ci on crée tous les labyrinthes du monde ? Ou alors il n’y a pas de matrice et c’est un principe de développement qui peut se transformer en courbe, en droite ?

 

Pierre Rosentiehl : Cela dépend de ce que tu acceptes comme labyrinthe.

 

FS : Si je veux dessiner un labyrinthe pour le jeu, est-ce que très vite si j’en dessine 100, il y en aura 10 qui seront toujours les mêmes? Y a-t-il des modèles types ?

 

Pierre Rosentiehl : Non c’est infini !