21 ans, Tony Zen est auteur, photographe et réalisateur vidéaste à ses heures perdues mais avant tout traceur. Membre du parkour à Lisses, il regarde la ville comme un moyen d'escalade, de vitesse et de dépassement de soi.

 

Mais faire c'est ce petit film de 6 mns qui intègre l'art connu par les yamakazis comme un moment de récit sur l'exil qui nous a saisi. Un entretien à vif.


Franck Senaud:


Tony Zen, présentes-toi:

 

Tony Zen:

Je pratique la photographie depuis mon adolescence et la vidéo reflex depuis l'avènement de cette technologie.

J'ai toujours été en admiration devant la puissance que pouvaient dégager certaines photographies.

 

En fait, j'aime surtout expérimenter mon regard sur le Monde via les paysages (naturels/urbains), la macro et les portraits réalisés avec la photographie numérique.

 

Comment as-tu rencontré le parkour ?

 

 

 

Tout les enfants de ma génération connaissent Yamakasi, le film n'est-ce pas ? On a tous joué à ça, sans vraiment savoir ce que c'était... Et bien ces gens pratiquent le Parkour depuis qu'ils ont l'âge de 15ans.

C'est en 2005, à 15 ans précisément que j'ai vu Banlieue 13 et fais la connaissance réelle avec le Parkour. En me renseignant sur le film, je suis tombé sur le site web PARKOUR.NET.

Là, sur ce site, ils proposaient des entraînements encadrés sur Lisses. J'y suis donc allé avec mes deux amis d'enfance.

A Lisses, on a pu reconnaitre les acteurs/cascadeurs qui jouaient dans le film Banlieue 13. Mais pour eux, seul l'entraînement et la rectitude de vie comptaient, être dans un film n'était vraiment qu'un bonus !

Depuis ce jour, nous n'avons pas lâché le Parkour. Ou plutôt il ne nous a pas lâché car c'est une pratique sportive mais aussi un art de vivre. Une manière d'aborder la vie autrement.

 

En tout cas, la rencontre avec le Parkour a donné un tournant à ma vie. Ma façon de voir les choses et les individus, les valeurs humaines. Tout ce que j'ai pu acquérir de par les arts martiaux et mes lectures philosophiques a été ravivé et amplifié.

J'ai appris à vivre vraiment, dans le sens pur du terme !

Simple exemple : après un entraînement, trouver de l'eau et en boire devient un réel bonheur.

 

FS: De quoi y a -t-il besoin pour pratiquer ? comment choisissez-vous les "décors"  ?



Pour pratiquer il n'y a besoin de rien, ou pas grand chose. Pour bien pratiquer il faut simplement des vêtements souples (le short ou le molleton sont de parfaits exemples) et des chaussures type running.

Il faut aussi sortir dehors, c'est un peu comme le théâtre à ce niveau là, ce qui va œuvrer c'est l'expression de soi dans l'imprévu, la spontanéité et l'adaptation : le Parkour, dans son essence absolue c'est s'adapter à toutes les situations possibles pour aller d'un point A à un point B, de la manière la plus efficiente, que ce soit pour s'échapper ou venir en aide à quelqu'un.

Le Parkour se pratique donc en milieu urbain aussi bien qu'en milieu naturel : en milieu naturel, les rochers, les arbres, les ruisseaux, les chemins tortueux constituent de parfaits outils d'entrainement; tandis qu'en ville, les murs et murets, les barrières/gardes corps et autres blocs de béton sont le quotidien du traceur (celui qui pratique le Parkour) citadin.

 

On peut donc très bien imaginer un homme nu sur la cime d'un arbre en pleine jungle ou un citadin en survêtement sur le rebord d'un toit. Ils ont atteint ce point dans l'espace en se surpassant, donc fondamentalement ils font tous les deux du Parkour ! Cependant j'expose là une définition extrême (rires) On a finalement besoin de tout et de rien. L'imagination et l'expérience influencera juste la manière de s'entraîner. Et c'est comme ça que le choix des "décors" ou plutôt des spots d'entraînement se fait, tout naturellement, tel des chats nous allons explorer de fond en comble notre environnement à la recherche de sauts et de passages à effectuer. (Un humain qui n'a jamais appréhendé la pratique ne verra que le quart des sauts et passages qu'un pratiquant pourra voir. Ce qui fait qu'on ne s'ennuie jamais ! Des lignes tracées au sol peuvent être un rebord de mur imaginaire par exemple ...

 

 

 

Avec le développement de la communauté et des rencontres de pratiquants, les spots d'innombrables villes été en quelque sorte répertoriés. Tout comme il faut varier son alimentation, il faut varier son terrain de jeu ! Souvent nos spots favoris sont ceux où il y a un maximum à faire dans un endroit restreint : des murs, des murets à des niveaux différents, beaucoup de sauts variés techniquement, un ensemble de saut que l'on peut enchainer sans s'arrêter. Parfois on ne les choisit pas vraiment, puisque qu'on les cherche ou si on tombe dessus au hasard. Parfois certains viennent d'Australie pour visiter Lisses ou Evry, parfois d'autres partent de Lisses pour aller en Thaïlande.)

 

Et comment as-tu choisi ceux de ton film?


photo MarieFECHNER

Pour ceux du film justement, il y a deux décors différents : la ville et la forêt.

Nous avions des axes bien définis : Il fallait forcément tourner à Paris, un minimum, pour que l'escapade soit reconnaissable et crédible. J'ai essayé au maximum de trouver des décors et des spots inconnus de tous les pratiquants.

Et en forêt, dans les alentours de Fontainebleau pour les merveilleux blocs de grès mêlés aux arbres... je connais beaucoup de bons coins, alors ils étaient choisis d'avance !

Ceci dit, la question du choix des lieux de tournages a posé plusieurs problématiques:

Premièrement, les scènes devaient s'enchainer. Donc les lieux et les techniques (il existe différentes techniques de sauts, et elles sont toutes présentes dans le film d'ailleurs), devaient offrir une continuité visuelle : sauter d'un rocher en forêt d'une façon pour arriver de la même façon mais sur un mur en ville par exemple.

Deuxièmement, les scènes doivent être raccord c'est-à-dire que les transitions se devaient d'être crédibles visuellement. Ou au contraire, totalement déroutantes pour créer la surprise !

Troisièmement, l'enchaînement des scènes et les scènes elles-mêmes ne devaient pas montrer de répétitivité. Il a donc fallu trouver beaucoup de lieux différents et semblables à la fois, afin que le montage par intervalles soit réussi.

En somme, il a fallu choisir de bons cadrages afin de rendre le tout dynamique et pouvoir se permettre, quand on le pouvait, de tourner plusieurs scènes dans le même endroit sans que cela puisse se voir !

photoMarieFECHNER
photoMarieFECHNER