KENT Auteur multiple. Rencontre

KENT chante en groupe avec Starshooter, chante en solo (des reportages universels), écrit pour les autres ( Calogero, Johnny Hallyday ou Enzo Enzo), illustre des textes, dessine des Bandes dessinées, anime une émission de radio etc etc.

Et quand Kent accepte de converser, il nous parle ici mais parle à tous: "Chanteur ou dessinateur de BD à plein temps, je crois que je deviendrais fou".

Auteur multiple= auteur.

 

branché avec Franck Senaud

 

Franck SENAUD: Vos premières BD sont parues dans Métal Hurlant, quand/comment aviez-vous commencé à dessiner ?

 

KENT: J’ai commencé à dessiner dès mon plus jeune âge, aussi loin que mes souvenirs remontent.

Petit, je lisais le Journal de Mickey chaque semaine, puis en redessinait les personnages sur le papier d’emballage du boucher que ma grand-mère me donnait après les courses. Plus tard j’ai lu Pilote, puis Actuel (1ère formule) où j’ai découvert Robert Crumb. Cela a conforté mon envie de faire de la BD. Enfin est apparu Métal Hurlant. C’était exactement la revue dans laquelle je rêvais d’être publié. Je suis allé leur montrer mes dessins. Jean-Pierre Dionnet m’a fort bien accueilli et m’a donné d’excellents conseils avant de me publier enfin.

 

FS:

Quand êtes-vous publié ? Etait-ce lié à la musique de toute façon ?

 

KENT:

C’était dans les années 1976/77. J’avais à peine 20 ans. Je faisais déjà du rock. J’avais monté un groupe au collège qui allait devenir Starshooter.

 

 

En fait j’ai publié mes tout premiers dessins dans Métal Hurlant avant que le groupe se fasse connaître.

Un jour, je vais chez Métal Hurlant et je tombe sur Philippe Manœuvre, le journaliste rock, qui vient d’y être embauché comme rédacteur en chef. Philippe Manœuvre en ce temps-là officiait déjà dans Rock’n’Folk, LA bible des rockers. Je lui parle de mon groupe, il demande à entendre d’une voix lasse. Il doit être sollicité à chaque fois qu’on le reconnaît. Dès mon retour à Lyon, je lui envoie une cassette. Le mois suivant Philippe Manœuvre publie dans Rock’n’Folk un article sur le mouvement punk dans lequel il cite Starshooter. Et c’est parti !

 

FS:

 

Quels dessins ont paru ? Des dessins seuls ou des strips et histoires structurés ?

 

 

 

KENT:

 

Les premiers dessins qui sont parus dans Métal Hurlant étaient des illustrations pour des rubriques sur les livres, les disques et le cinéma. C’étaient des petits robots. Je signais alors R√2. Puis une première planche intitulée “Danger dans la rue” fut publiée en 1976. Ensuite des premières histoires de 4 ou 5 planches ont été prises.

 

 

 

“Sales amours”, mon premier album aux Humanos est une compil de ces histoires. Et puis j’ai fait “Ma vie est formidable”, un album inédit où je racontais sur les pages de droite ma vie en planches BD tandis que les pages de gauche proposaient des dessins divers.

 

 

 

“African night flight” est mon premier véritable « long métrage » paru sous formes d’épisodes dans Métal Aventure, une autre revue des Humanos.

 

 

 

Ensuite j’ai fait 3 petits albums chez Futuropolis dans la collection X, format italien. Elles racontaient les aventures de Bob Robert, un aviateur fictif de l’Aéropostale. Les scénarios étaient de Philippe Bernalin.

 

 

 

Et puis les Humanos et Futuropolis ont été rachetés. L’ambiance n’était plus la même. De plus mon ami Philippe Bernalin est décédé à ce moment-là. J’ai arrêté la BD jusqu’en 2005 environ. Une amie alors est venue me proposer d’illustrer en BD un fascicule écologiste sur la montée des eaux. J’ai accepté par sympathie pour mon amie et pour la cause. J’ai enchaîné sur “L’Homme de de Mars”, un concept album sous forme de livre-disque.

 

 

FS:

Et qui écrivait trouvait l'idée ou l'histoire ?

 

KENT:

À l’époque Humano/Futuro, j’avais parfois un scénario; d’autres fois c’était mon ami Philippe Bernalin qui me les écrivait. Il y en a même eu une de François Rivière.

 

 

FS: Lorsque c'était vous, les écriviez-vous à part ? Comment travailliez-vous alors? (tout en même temps en direct ou des cahiers entiers d'idées?)

 

KENT:

Non, pas de cahier. Une idée germait, j’en faisais un script, puis un découpage planche par planche.

FS:

J'ai lu l'histoire de Bob Robert, l'aviateur fictif de l’Aéropostale: le format a une grande importance dans la narration (ça a du jouer sur le découpage?)

 

KENT:

Pas tant que ça. Par contre esthétiquement, j’aime beaucoup ce format.

 

FS:

Et le ton fait très années 80 :) Question bizarre: le sentiez-vous à l'époque en le faisant ?

 

 

 

KENT:

 

Bien sûr. Le second degré et la dérision régnaient en maîtres à l’époque. Mais je suis certain que si l’on avait continué Bob Robert, il serait devenu un héros plus sérieux. Comme Tintin a lui-même évolué.

 

 

 

FS:

 

Et puis, vous indiquiez faire de la musique, composer pendant ce temps là, y a-t-il des porosités entre les artistes de deux univers ? Etiez-vous coupé en 2 ?

 

 

 

KENT:

 

Pas de porosité. Je dessinais des histoires censées se passer dans les années 30 tandis que j’écrivais des chansons branchées sur les années 80.

 

Je ne me sentais pas coupé en 2. C’était deux champs d’action différents, c’est tout.

 

 

 

L’un permet de lâcher l’autre, c’est salutaire. Chanteur ou dessinateur de BD à plein temps, je crois que je deviendrais fou.

FS:

Troisième domaine de création: l'écriture (Commencé avec "les nouilles froides" en 1989 ?)

 

KENT:

Y avait-il qqch qui ne passait pas dans les chansons ? J’avais envie d’écrire un jour un polar. Je voulais essayer une autre forme d’écriture que la chanson, ce n’était pas de la frustration. Plutôt un défi.

L’opportunité est venue d’un éditeur de polars (éditions Sanguine, Albin Michel) qui me l’a proposé sans que je cherche. Il aimait bien mes textes de chansons. C’était en 1982, par là. Le temps que j’écrive le livre, la collection fermait boutique. J’ai rangé le manuscrit, je n’ai pas cherché à le placer ailleurs. Je l’ai ressorti 5 ans plus tard lors de mon déménagement à Paris et je suis allé voir des éditeurs. J’ai eu une belle accroche avec la Librairie Séguier. Je l’ai sorti chez eux.

FS:

Est-ce totalement différent de votre point de vue ?

 

KENT:

Ça n’a rien à voir. Sauf s’il s’agit de raconter une histoire. Auquel cas une chanson la résume en quelques strophes quand le roman la développe sur plusieurs centaines de pages. Mais c’est un peu réducteur de dire ça. De toute façon je raconte de moins en moins d’histoire en chanson. Je suis dans les sensations.

 

FS:

La construction des récits s'étalent sur un plus long temps: comment l'élaborez-vous ?

 

KENT:

Ce n’est pas la construction la partie la plus laborieuse, c’est le temps d’écriture. J’avoue qu’il y a toujours un moment où je décroche lorsque j'écris un roman car je perds la vision du rythme. Il ne faut pas l’écrire par segment, c’est une contrainte quotidienne. L’élaboration d'un livre prend toujours plus de temps que je ne l’imagine. Mais elle se conjugue mal avec ma vie de chanteur en tournée permanente. Je dois faire avec cependant.