CABRERO.  Canis Canem Edit : le joueur fait ses classes

 

Eh eh les ignorants de la cause vidéoludique ! Théo CABRERO nous révéle qu'on parle déjà de patrimoine dans le domaine des jeux vidéos et que l'on peut être alors sciemment illustre et inconnu.

« Illustre » et « inconnu » : il n’est point facile d’attribuer ces deux qualificatifs à la création vidéoludique. Peut-être parce que, contrairement à la peinture ou même au cinéma, nous n’avons pas encore assez de recul critique pour observer cet objet avec un jugement artistique… Ou tout simplement parce que le jeu vidéo n’est pas encore entièrement reconnu comme un art au sens noble du terme.

Mais le débat n’est point là. Comme pour le cinéma, le jeu vidéo bénéficie de ses blockbusters, connus du grand public gamer, et de ses jeux indépendants, moins commerciaux, plus spécifiques, plus singuliers. Le genre de productions que seuls les gamersgourmands et expérimentés prennent la peine d’aller dénicher. Un constat plus ou moins vérifiable aujourd’hui, puisque le jeu vidéo englobe différents formats, différentes plateformes, de la console traditionnelle au jeu en flash sur navigateur, ce qui diversifie considérablement l’offre vidéoludique et par conséquent les niveaux de « popularité ».


Ainsi, pour ce nouvel article et cette nouvelle thématique, j’ai décidé de vous parler d’un jeu vidéo se trouvant à la frontière des deux qualificatifs cités plus haut (même si nous prenons ici ces deux termes avec des pincettes…).

Un jeu édité par Rockstar Games et développé par Rockstar Vancouver, une filiale plus connue récemment avec l’excellent Max Payne 3 (2012). Canis Canem Edit (Bully en version originale) est un jeu vidéo d'action-aventure en monde ouvert sorti en 2006 sur PlayStation 2. Le joueur incarne un jeune adolescent rebelle envoyé dans une école privée. Ainsi, le personnage devra à la fois évoluer dans une sphère pédagogique en validant diverses matières, tout en gagnant le respect des gangs de l'école et de la ville viadiverses missions.


 

Alors pourquoi ce jeu vidéo ?

Tout d’abord, parce qu’il s’agit d’une production éditée par l’un des plus importants studios sur la scène vidéoludique mondiale. Rockstar Games, c’est tout simplement Grand Theft Auto, une licence a succès que l’on ne présente plus.

Canis Canem Edit arrive donc après les mastodontes GTA : Vice City et GTA : San Andreas, sortis respectivement en 2002 et 2004 sur la même plateforme. Et la production de Rockstar Vancouver se définit comme un « GTA-like », dans le sens où le jeu vidéo en question réunit de nombreux aspects de gamingconstruits et popularisés par la licence Grand Theft Auto (jeu en monde ouvert ; catégorie « action-aventure » ; liberté d’action ; missions principales, secondaires et annexes ; etc.). Une véritable marque déposée qualifiant désormais une catégorie de jeu vidéo, comme les récents Just Cause, Sleeping Dogs ou Watch Dogs.


La singularité de Canis Canem Edit est donc qu’il s’agit d’un « GTA-like » développé justement par les studios qui ont définis ces critères vidéoludiques. D’autre part, toute l’originalité est de transposer ces aspects dans un univers singulier et plutôt inattendu : le milieu scolaire.

Et à y regarder de plus prêt, ce concept fonctionne à merveille : les guerres de gang dans les rues mal famées de Grand Theft Auto sont remplacées par des guerres de clans dans la cour de récréation et l’ensemble des missions secondaires sont relatives au quotidien d’une école (cours ; loisirs scolaires ; sport ; drague ; etc.).

Avec le sens du détail qui caractérise le travail des studios Rockstar Games, Canis Canem Editreste à ce jour le seul jeu vidéo ayant exploité les codes du milieu scolaire pour en créer un véritable terrain de jeu avec des règles à la fois référencées et singulières.

Pour revenir à notre thématique générale, on ne peut pas réellement dire que Canis Canem Edit est un jeu inconnu (d’où ma volonté de préciser que nous prenons ici ce terme avec des pincettes). En effet, à sa sortie, le jeu vidéo de Rockstar Vancouver s’est très bien vendu. Il faut dire que la marque « Rockstar » est un facteur suffisant pour imposer un succès commercial.

Toutefois, ce titre est intéressant dans le sens où il s’agit d’un objet singulier. Nous en avons exposé les raisons plus haut, mais il faut également noter que ce jeu vidéo est unique, dans la mesure où aucune licence n’a été créée autour du titre. Chose rare pour un jeu Rockstar a succès.


Dès lors, lorsqu’un portage du jeu sur Xbox 360, Wii et PC (titré Bully : Scholarship Edition) a été développé par Rockstar New England en 2008, la presse et un grand nombre de joueurs ont reparlé de ce titre avec nostalgie, le définissant déjà comme un objet singulier dans le patrimoine vidéoludique.

Il faut préciser qu’à sa sortie en 2006, la presse spécialisée avait été quasi-unanime sur la richesse et les qualités ludiques du titre. Sa réédition en 2008 a donc été l’occasion pour les joueurs de se replonger dans cet univers teinté de souvenirs vidéoludiques forts, afin de les confronter à l’usure (éventuelle) du temps.


A l’heure où le marché du portage est en plein essor afin de panser l’attente entre deux titres originaux, cette analyse portée ici au jeu vidéo Canis Canem Edit aurait pu s’appliquer à grand nombre de jeux.

Mais il est différent d’analyser un titre unique et une licence qui commercialise un nouveau jeu vidéo tous les deux ans, à l’instar d’un Resident Evil. Le travail de mémoire n’est pas le même, tout comme le travail d’analyse.

Et il est certain que face à autant de qualités artistiques et ludiques, Canis Canem Editrestera longtemps une référence du genre au risque de finir par se faire oublier… A moins qu’un deuxième épisode surgisse un jour et crée ainsi la surprise !

Théo CABRERO

s'intéresse à tout, découvre des pépites et allume la mèche..