Après une expérience concrète de marche sensible en ville, Jérémy DELAMARE, paysagiste dplg, nous livre sa réflexion sur la place et les usages du piéton dans Evry.

 

Entretien avec Aurore AMOUROUX.

Aurore AMOUROUX. : Pourquoi marcher dans Evry ?

 

Jérémy DELAMARE : Afin de mieux comprendre la ville et surtout la façon dont ses habitants la vivent et la perçoivent, j’ai décidé d’organiser une randonnée urbaine. Il est pour moi essentiel de comprendre les usages de la population du site pour pouvoir accrocher mon sujet dans la réalité. La marche s’est déroulée par étapes avec plusieurs arrêts.

 

La marche est pour moi un outil qui vise à obtenir une analyse sensible d'un lieu en mettant le corps et les sens du randonneur à l'épreuve.

Éprouver la ville et inscrire ses ressenties sous la forme d'une cartographie est une manière de faire ressortir les avantages et inconvénients d'un site dans le but d'orienter les pistes de projet sur ces espaces défavorisés.

A.A. : Quel bilan as-tu fait de cette randonnée?

 

J.D. : Cette randonnée n’a pas été un franc succès vis-à-vis du nombre de participants (3). Cependant, elle m’a permis de prendre le temps de discuter avec les personnes présentes et les habitants que nous avons rencontrés.

 

Cela m’a confirmé l’importance du centre commercial Régional dans la vie des habitants de la communauté d’Agglomération, Évry-Centre-Essonne. Il apparait comme un lieu central où se mêlent cultures, commerces, loisirs et restaurants.

Il attire de ce fait un nombre important d’usagers. La proximité du pôle multimodale (Gare routière et RER) et de l’Université Évry Val d’Essonne favorise son rôle de centre-ville.

La confrontation entre la carte et la réalité a été très riche. En effet, le parcours de cette randonnée a été élaboré à partir d’une carte de la ville. Je l’ai conçu de façon à traverser les différentes entités importantes qui la composent (Centre commercial, urbanisme de dalles, quartier de logements collectifs, quartier de logements individuels, parcs, cheminements piétons et traversée de la N7). Sur le site, il a fallu, à différents endroits, changer d’itinéraire afin de contourner un chantier, un pont qui n’est plus praticable, faire marche arrière à cause d’un cul-de-sac qui n’était pas signalé...

Les liaisons inter-quartiers se sont avérées soit très agréables, avec des allées plantées, de l’espace pour le piéton et des transitions d’un paysage à l’autre (Champtier-du-Coq — Aguado) soit très froides avec peu d’aménagement, un revêtement non entretenu, ou encore des trottoirs étroits (Pyramides — Champtier-du-Coq). Malgré tout, ces chemins restent fortement empruntés par la population.

 

La Nationale 7, lors de notre marche, n’a pas été un réel obstacle. Cependant, sa non-appartenance à la ville s’est tout de même fait ressentir (pas d’intéraction avec la ville).

 

Les parcs Henry Fabre et Coquibus ont permis une transition douce dans un milieu urbain dense. Ils accompagnent agréablement le cheminement en offrant des ambiances plus calmes.

 

Ce travail m’a permis de faire apparaître le ressenti des habitants tout le long de la randonnée.

La frontière que marque la N7, la présence de nombreux parcs et des connexions, parfois difficiles, sont des sujets qui reviennent souvent.

Le centre commercial tient aussi une place importante dans la vie de Évryens. Il est plus utilisé en tant qu’espace public où l’on se retrouve qu’en centre commercial.

 

A.A. : Quelles sont les pistes d’explication de cette structuration des liaisons ?

 

J.D. : On peut observer une forte dualité entre l’est et l’ouest de la courbe 75 1 au sujet des liaisons douces 2 .

 

En effet, l’ouest est fortement irrigué avec des tissus plus denses en cœur de quartier.

Tandis qu’à l’est, le tissu est lâche, voire inexistant, déconnecté du reste du réseau doux.

 

La N7 quant à elle, fait office de frontière pour le piéton. Il doit chercher les quelques passages permettant de la traverser.

 

Delamare: Carte circulation douces evry

 

Aurore AMOUROUX

grande lectrice, écoutrice, précise et sensible.