C. YAHIA. "RESURRECTION PAIENNE"

 

La cartographie de YAHIA dessine dans le temps et l'écrit.

 

 

« Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! » Evangile selon Saint Luc (24,35-48).

 

 

Voyez mes yeux

 

Mes yeux sont deux ovaires piqués de deux rétines

 

Deux globes siamois de carrelage mou

 

Sous les deux fines rates de sole formées par mes sourcils

 

 

 

Voyez mon visage

 

Mon visage est recouvert d’un film

 

De latex émotif

 

De latex hystérique

 

Photosensible

 

 

 

Voyez mes cheveux

 

Mes cheveux sont des racines de fougères en feu

 

Des flagelles de soie fouettant mon visage

 

 

 

Voyez mes oreilles

 

Mes oreilles sont des bijoux marins

 

Des spirales de cartilage galactique

 

 

 

Voyez ma langue

 

Ma langue est une limace violette

 

Transpirant de l’eau de diamant

 

Dans le vagin d’une pieuvre

 

Ma langue est un pistolet à particules multicolores

 

Ma langue est une éponge de sang

 

Un pénis dépecé éjaculant des mots

 

 

 

Voyez mon palais

 

Mon palais est un dôme en écaille de ventre de lapin

 

Mon palais est le coquillage où ma langue se moule dans son sommeil

 

Mon palais est la mandoline de silence de ma langue

 

 

 

Voyez mes gencives

 

Mes gencives sont faites de l’épiderme vénéneux d’une grenouille mexicaine

 

 

 

Voyez mes dents

 

Mes dents sont les dents d’un singe hilare

 

Mes dents sont des dents d’éclats de jour tranchant

 

 

 

Voyez ma peau

 

Ma peau est une combinaison en cuir de salamandre

 

Brûlant sous l’incendie rouge de mes veines

 

Ma peau est faite de l’amoncellement d’un milliard de minuscules étoiles de mer

 

Voyez aussi les milliards de milliards de bouches que forment les pores de ma peau

 

 

 

Voyez mon sang

 

Mon sang est un riche royaume dilaté et pourpre

 

Un Gange sacrifié

 

Un magma écorché

 

 

 

Voyez en mon ventre

 

Il renferme une jungle de cachemire

 

 

 

Et ce nombril

 

N’est autre que la porte d’une galaxie

 

 

 

Voyez mes os

 

Ils sont des fossiles blancs trempés dans un bain de lune

 

 

 

Voyez ma colonne vertébrale

 

Et sa courbe sensuellement dessinée

 

Elle est un totem formé de crânes de perroquets dépecés

 

 

 

Voyez mon sternum

 

Il est un point de vie dans une cage de lumière

 

 

 

Voyez mon cœur

 

Mon cœur est une énorme sangsue crevée

 

Mon cœur est un crapaud qui aboie après mon sang qui fuit

 

 

 

Voyez mes mains

 

Mes mains sont deux bouches de lumière hurlant plus fort que le jour

 

 

 

Et tout mon corps est un vaisseau d’étoiles

 

Fait de boue animale

 

Je suis l’homme-puzzle

 

Je suis vivant

 

Faut-il que je vous crève les yeux

 

Avec ma salive de vérité ?!

 

 

Christophe YAHIA

est poète, philosophe et mauvais esprit.