PAROLA. Minuterie. Rencontre.

 

D'une lecture de Harmut Rosa, Mathieu PAROLA tire une chorégraphie qui questionne ce rapport de suractivité, suroccupation, excitation de vitesse qui fait notre quaotidien.

Il nous en dit plus sur cette recherche de la limite entre corps et machine.

 

Entretien avec Franck Senaud. Nov 2016.

FS :

 

Comment est né ton oeuvre "Minuterie" ?

 

 

 

Mathieu PAROLA :

 

 

Minuterie est née suite à la lecture de « Aliénation et accélération » du sociologue et philosophe Hartmut Rosa, une théorie critique de la modernité tardive.

Les sujets des sociétés modernes sont présentés comme des sujets «libres », mais de plus en plus dominés par un régime-temps qui reste invisible. Les nombreux progrès techniques diminuent le temps requis pour accomplir actions et tâches quotidiennes, ce qui augmente notre temps libre.

Pourtant, le constat est qu'aujourd’hui, les individus souffrent du manque de temps. Au lieu de garder le même nombre de tâches et d’actions quotidiennes, ils les augmentent.

 

FS :

 

De quelle façon as-tu travaillé "Minuterie" ?

 

Nous avions envie d’illustrer ce sentiment de devoir courir toujours plus vite, non pas pour atteindre un objectif mais simplement pour rester sur place.

Minuterie est composée de 7 chapitres minutés. Ils durent environ cinq minutes chacun.

Ces chapitres sont composés d’une séquence chorégraphique. Des actions ajoutées par le public à partir du Chapitre 4 rendent cette séquence de plus en plus difficile à réaliser pour l’interprète.

 

Les chapitres informent le spectateur-participant des différents stades et facteurs de l’accélération, jusqu’au dernier, l’aliénation.

 

Chaque Chapitre sera composé d’une même trame : la répétition inlassable d’une séquence chorégraphique. Elle est l’illustration d’une routine, d’un quotidien.

 

A cette séquence s’ajoutera dès le Chapitre 4, les actions du public. L’interprète se retrouvera coincé par le temps, désirant puis contraint d’accélérer ou de modifier sa routine. L’effort pour continuer, transforme le corps, le mouvement et les regards.

Ce qui entraîne le public dans une tension, face à cette exécution, quelque part orchestrée pour lui et par lui. L’interprète poussera son corps dans ses retranchements, pour illustrer au mieux ce que nous lui faisons tous subir. La séquence est écrite pour apparaître comme simple, mais étudiée pour l’épuiser et le perdre progressivement.

Pour en arriver à l’embouteillage, le «burn out», ce moment où le corps n’est plus.

 

Le progrès n’a pas de limite ? Le corps oui.

 

C’est le sujet de Minuterie.

FS:

Tu parles du rapport à  la contrainte. J'y vois un rapprochement entre les contraintes subies du quotidien et les protocoles artistiques que l'on s'impose pour créer.
J'ai l'impression qu'il ya dans votre création un rapport à  la machine également?

 

MP:

J'ai découvert ce livre dans les Inrocks. Je me suis dis, en tant que "boulimique du faire", qu'il fallait que je le lise.

Ce qui m'a inspiré, ce sont les images et les actions qui, pour moi, s'en dégageaient. Pour ne pas toutes les citer : normes, contraintes, famine temporelle, comprimer, réduire, simultané, hamster dans sa roue, faim de vie et du monde, pas de point d'équilibre car rester immobile est équivalent à retomber en arrière ....

 

Nous avons tout de suite vu un personnage, une routine, une envie de faire plus, des actions simples et surtout une arène où le public aide à la mise à mort. Les minuteurs étaient une évidence également.

 

Nous : c'est aussi Anaïs Parola scénographe et costumière, avec qui nous avons construit cette performance. Elle a créé un décor, absent ce samedi, enfermant le public avec moi et matérialisant cette arène. 4 murs, une seule entrée, des compresses teintes au thé et cousues une à une : sa performance à elle aussi !

A SUIVRE