Entretien 1.

Le travail de Christian JACCARD sur le feu interroge le statut de l'oeuvre éphémère, du dessin et du hasard. Il revient avec nous sur le hasard dans son dessein...

LE DESSIN : UN HASARD ?

FS : On vous voit dans un petit film avec le gel inflammable et quand ça brûle, on vous voit avec un petit bâton de métal.

 

Que faîtes vous ? Retracez- vous une forme ? Retouchez- vous votre dessin parce qu'il s’affaisse ?

 

 

CJ : Non. Plus la quantité de gel thermique appliquée sur le mur au biberon est importante plus la trace de suie s’étale. Subitement l’inflammation produite crée une sorte de bourrelet qui brûle en surface. Le gel thermique se consumant superficiellement,  une déperdition gazeuse s’effectue et l’action d’une tige métallique ouvrant le bourrelet permet à l’oxygène de relancer le gaz emprisonné libérant les flammes. C’est pourquoi je titille au fil de fer la substance en convulsion. 

 

FS : Je pensais que c’était pour lui donner une forme particulière ? Mais c’est vous qui la donnez au début ?

 

CJ : Non. Elle est aléatoire.

Et il me plaît de dire souvent : laisser au hasard la possibilité d’exprimer ses caprices.

Tout cela n’est pas une technique ou une discipline, au sens où on l’entend quand nous parlons du dessin ou de la peinture à l’huile.

 

FS : Mais il y a un lien au dessin dans le fait de tracer ?

 

CJ : Oui, dans la mesure où nous considérons qu’une ligne courbe ou droite, verticale, horizontale ou oblique exprime un dessin comme projet et/ou dessein quelque part.

Il est utile de penser comment le dessin manifeste sa propre expression à travers un geste autant qu’il relève aussi de l’expression du hasard.

 

ŒUVRES ÉPHÉMÈRES

 

 

FS : Dans le musée, il y a les traces de ce mur que vous avez constitué en entier et puis le bas de votre œuvre a été …

 

CJ : Oui, elle a été visitée par des traces de doigts produites par des mains étrangères.

 

FS : Certains morceaux sont à demi effacés.


CJ : Nous observons deux phases dans ce tableau éphémère.

 

La première est celle de la réalisation effectuée par combustion de substance inflammable livrant chaleur et lumière et enfantant des traces pulvérulentes dont la précarité est manifeste.

 

La seconde est l’instant que le visiteur s’approprie pour appréhender ce tableau dont le délitement est inhérent aux pics de combustion; la suie n’étant pas fixée se délitera progressivement ; le public poussé par le désir de toucher laissera ses propres traces qui s’associent et se juxtaposent au tableau.

 

On touche rarement un tableau de chevalet alors qu’on ne peut résister de palper ou d’effleurer une paroi maculée de suie à fortiori dans un musée; une attitude prise en compte dans la conception de ce tableau éphémère et sa problématique.

Photo Franck Senaud

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