Modes de production

Parmi les qualités que les architectes d’ici reconnaissent – en tout cas ceux qui découvrent l’architecture japonaise au début du XX° s. et ceux qui, aujourd’hui encore, découvrent son architecture traditionnelle –, citons : la simplicité des formes, la sobriété des ornements, la relation entre l’intérieur et l’extérieur, le rapport étroit avec la nature (souvent une nature reconstituée de toutes pièces), la modularité de l’espace et sa capacité à le rendre fluide, la mobilité des parois, l’intégration du mobilier et des rangements, les performances des recherches sur l’espace minimum, …

 

 

Mais ce qui impressionnera aussi beaucoup les architectes constructeurs sera la rationalité de la construction et de sa mise en œuvre par la standardisation des éléments du bâtiment. Reconstruire à l’identique, après un séisme, un tsunami ou tout autre catastrophe, devient une opération facile, simple, rapide, et peu coûteuse. Tous les matériaux sont préfabriqués et immédiatement accessibles chez le charpentier : le rêve de bien des architectes du Mouvement Moderne dans les années 30, et qui deviendra en partie une réalité durant les grandes périodes de reconstruction massive, pour disparaître dès que les besoins économiques ne se feront plus sentir avec autant de pression. La standardisation du bâtiment n’est donc pas prête à se généraliser ici sur de longues périodes, mais gageons que la crise que nous traversons, va relancer le processus à nouveau.

 

 

 

Cela dit, ces architectures traditionnelles, parfois perçues comme approchant un certain idéal recèlent des troubles cachés. Outre le fait que les parois ont des qualités acoustiques plus que douteuses, et c’est un euphémisme, rejetant la question de l’intimité à d’autres sphères, des questions viennent se greffer aux principes généraux de la construction. Il s’agit des principes qui régissent les rapports sociaux extrêmement hiérarchisés entre les gens ; ceux qui organisent les spiritualités et les croyances ayant cours ; ceux qui organisent la société par le respect immuable d’éléments symboliques ancestraux et de hiérarchies archaïques.

Comment ces éléments se confrontent-ils avec les notions de modernité que nous avons proposé au début de cet entretien ? Sont-ils compatibles ou immanquablement contradictoires  ?

Par ailleurs, est-ce le déni (« même pas mal ») qui s’établit comme rempart, comme moyen de résister face au déchaînement des éléments, que ce soit la mer, la terre ou le ciel ? Est-ce l’arme absolue qui permet de rester sur l’île des ancêtres ?

Je laisse ces questions en suspens, désolé. Mais quelle qu’en soient les réponses, l’architecture japonaise n’en demeure pas moins une grande et vraie architecture, digne de figurer au premier rang, comme tant d’autres.

Pour le reste, et pour conclure, il est intéressant de voir ces trois films proposés par la bibliothèque de l’Agora, La maison Sugimoto, et la Médiathèque de Sendaï de Richard Copans, puis Shigeru ban, architecte de l’urgence, de Michel Quinejeure, le samedi 5 novembre prochain. Il éclairent sur ce que représentent ces architectures anciennes dont le regard permet l’évolution des architectures actuelles.

 

A voir aussi: la médiathèque lors du séisme. Ici

Bibliographie par Serge CLAVE. Ici
SCl-La maison japonaise - Bibliographie.
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