LE DÉCOR

F.S :Comment est-ce que vous choisissez les décors ?Il y a quelqu’un qui le fait pour vous ? Là pour Lyon vous le connaissiez mais sinon …

 

B.T : Là aussi pour Glasgow je le connaissais parce que je m’étais trouvé un jour à faire un séjour à Glasgow pour présenter mes films, c’est une ville qui m’a tellement marqué que je me suis dit mais si je la prenais comme cadre du film auquel je pense. Alors ça peut être une découverte que je fais, ensuite je me balade, parfois on envoie quelqu’un avant qui ramène des photos pour voir si ça va et dedans je sélectionne des choses qui me plaisent, j’en rejette d’autres..

 

 

F.S :Et quelles indications vous leur donnez, ce sont des couleurs, des peintures … ?

 

B.T : ça dépend des films mais il y a des indications très précises sur le côté soit sauvage soit au contraire, il y a d’abord, comment dire, des éléments qui sont imposés, quand vous faites un film historique, trouver un lieu où il n’y ait pas trop de rappels, de problèmes, de déchets à éliminer, la deuxième chose évidemment de trouver des demeures qui conviennent à peu près à l’époque, et puis il entre beaucoup de facteurs, de trouver des lieux qui soient intéressants qu’il y ait, des décrochements qui ne soient pas simplement un décor frontal qu’on va utiliser mais je privilégierai plutôt quelque chose qui est tortueux qui a des recoins, il y a des différences de niveaux, qui n’est pas forcément quelque chose d’extraordinaire à quelque chose de rectiligne, il y a ça , il y a le problème du son, dans les repérages je donne toujours, par exemple quand on cherchait des châteaux pour " La princesse de Montpensier" je demandais toujours aux gens qui allaient déjà écumer une région, chaque fois de penser au problème du son, donc d’éviter tout château tout décor qui va se trouver près d’une route ou d’une autoroute, ou d’une source de bruit qui risque de perturber le tournage, je fais très très attention à tout ce qui pourrait bloquer le son direct, j’ai envie de tourner en son direct je n’ai pas envie que les comédiens soient doublés.

 

 

 

Je veux des lieux où l’on puisse travailler en toute tranquillité mais ça prend beaucoup beaucoup de temps, il y entre du hasard , les repérages parmi les plus longs qu’on ait eus c’était le tunnel de "La vie et rien d’autre"

Le tunnel où on devait trouver un train qui était bloqué sous les éboulis, …alors j’en ai vu des masses qui n’allaient pas

 

photo Agnès HERRERA
photo Agnès HERRERA

F.S : à cause de quoi ?

 

B.T : L’environnement était moche ou alors c’était vraiment trop abîmé, il fallait tout remettre sur des kilomètres, avec tout ce qu’il y avait autour je ne voyais pas comment les scènes pouvaient marcher véritablement, alors on avait d’abord fait un repérage en suivant toutes les voies de chemin de fer et puis j’avais été dans plein d’endroits et puis on a continué, et un jour, c’est un hasard, on est arrivé dans un champ, il n’y avait plus de voie ferrée mais il y avait un tunnel qui était entièrement préservé qui servait à un paysan pour entreposer ses tracteurs et il possédait-ce qui nous arrangeait-tout tout tout, non seulement le tunnel mais ce qui avait été la voie ferrée, qui avait été retirée, mais tout le terrain qui était au-dessus et ça a été formidable . alors, bien que la description ne correspondait pas au scénario, après c’est moi qui ai adapté le scénario à ce lieu qui était un lieu extraordinaire, un lieu magnifique sur lequel le décorateur Guy Claude François a ajouté des tables, des baraquements , il a rajouté des voies ferrées un peu brisées comme par un bombardement et on a eu un décor qui est le tunnel de Grésaucourt qui est absolument formidable

 

Le lieu, un personnage à part entière

 

 

F.S :vous avez l’air de privilégier plus que l’effet visuel ou la photo, l’ambiance que dégage le lieu et le son en fait partie ..

 

B.T : L’ambiance oui mais visuellement, si, visuellement j’ai envie d’avoir un lieu qui va être visuellement intéressant à filmer sur plein d’angles, qui va me donner des perspectives et je trouve que très fréquemment notamment dans les films historiques les gens se satisfont d’extérieurs extraordinairement policés, on va dans la forêt de Senlis ,on va trouver deux trois trucs, , il y a un rocher ; là on va pouvoir faire galoper des chevaux , moi ça ne m’intéresse pas, j’ai envie d’extérieurs beaucoup plus accidentés , des extérieurs avec des rochers, des changements de terrain, pour que tout d’un coup les chevaux disparaissent, qu’il y ait des obstacles , que la caméra bouge, les cavaliers vont disparaître pendant un moment, il y a un bosquet d’arbres qui va les cacher puis ils vont ressurgir très près de l’appareil, ça va donner un grand dynamisme à l’image, au plan , mais ça oblige à beaucoup plus de boulot, c’est plus crevant, il y a plus d’aléas, ça demande quelquefois des déplacements énormes donc de se lever très tôt pour commencer à préparer les plans , mais en même temps c’est très excitant, l’atmosphère de l’image fait partie de l’atmosphère, trouver un décor qui ne va pas être tout le temps à l’ombre mais en même temps où on va pouvoir se protéger, parce qu’il faut bien penser qu’on tourne une scène, la scène elle fait trois minutes, on va la tourner toue une journée, le soleil il tourne, donc les personnages risquent de se trouver au soleil quand on la commence mais à l’ombre quand on la termine, donc pour raccorder c’est bien d’avoir un bosquet d’arbres qui va permettre à un moment d’expliquer pourquoi la texture de l’image va changer donc voilà, il y a beaucoup beaucoup de paramètres qui rentrent et puis tout d’un coup vous avez le coup de cœur pour là ;il n’ y a pas beaucoup d’extérieurs que je regrette dans mes films, j’ai l’impression qu’on les avait bien choisis, mais avant on a pris beaucoup de temps , pour moi la préparation dure très longtemps dans mes films

 

 

 

 

 

F .S : Dans Pas à pas dans la brume électrique le journal du tournage de Dans la brume électrique, vous dîtes « au 24ème jour je tourne la séquence sous un angle différent », vous avez l’air d’adapter votre point de vue au décor pour le faire jouer

 

B.T : Oui et puis tout d’un coup, peut-être parce que j’ai déjà tourné une scène dans ce plan, je n’ai pas utilisé par exemple tout un fond du décor qui va me donner une richesse supplémentaire, souvent un décor extérieur dans lequel il n’y a pas eu d’aménagement avec un décorateur , mais si vous l’utilisez bien et que vous l’utilisez pour une scène et pour une autre scène, vous vous déplacez et puis tout d’un coup -j’aime beaucoup trouver un extérieur qui permette ça-le fond n’aura aucun rapport avec ce que vous aviez obtenu, c’est comme si vous aviez fait cent kilomètres et ça ça donne une richesse formidable à un film, quand tout à coup avec les plans, même si vous les avez tournés à dix mètres de différence, vous avez l’impression que tout le monde a voyagé, les arbres ne sont pas pareils , la texture du paysage n’est pas la même, il y en a une qui est montagneuse, il y en a une qui est plutôt sur une colline très verdoyante et ça vous donne une richesse , vous faites deux plans coup sur coup et vous avez l’impression que les gens ont déjà traversé une partie de la France, moi j’ai beaucoup fait cela dans « Juge et assassin »où on a l’impression que Galabru traverse des provinces entières ,j’avais des extérieurs qui étaient bien choisis ce qui faisait qu’en trois plans sur cent mètres cent cinquante mètres on avait des lieux qui avaient des caractères radicalement différents, ça c’est excitant de faire ça …

 

 

F.S :Vous dîtes aussi , c’est un des plans que l’on voit dans le film qui suit, vous dîtes quelque chose qui est très étonnant, vous repérez un lieu de tournage sur la guerre de Sécession dans lequel joue Elrod et vous dîtes il y a très peu de dégagements, , la forêt y est impénétrable, et peu graphique, vous avez l’air de dire que l’effet que produit le décor vous le considérez déjà comme une image..

 

B.T :Oui, et je ne le prends pas ce décor parce que tout d’un coup c’était au bord du lac à New Iberia il y avait une forêt, la forêt était très proche de la route, on avait du mal à y pénétrer et une forêt d’arbustes trés serrés, vous la filmez vous n’avez rien, la forêt qui va jouer c’est la forêt où vous allez avoir tout d’un coup des échappées, une clairière dans le lointain si vous n’avez qu’une végétation touffue, ça ne sert à rien même de pénétrer à l’intérieur, vous ne voyez rien, c’est un mur plat, c’est tout ce que je n’aime pas, il n’y a aucun décrochement, donc on a décidé de ne pas tourner là parce que ça n’avait aucun intérêt et qu’on a trouvé une forêt où il y a moins de broussailles et où on a pu élaguer et où il y avait une échappée vers justement de l’eau ce qui vous permet de donner une grande profondeur à l’image ce qui est intéressant.