CABRERO. Metal Gear Solid : l’expérience de jeu transformé

 

Les jeux vidéos sont aussi devenus cultes? Comment c'est arrivé ? Une question apparemment simple qui demande les précisions du passionné Théo CABRERO.

Il est désormais possible d’employer le qualitatif « culte » pour parler du jeu vidéo. Car le Dixième Art a son histoire et ses « classiques », comme le cinéma. Des productions qui ont marqué une génération, qui ont imposé une expérience de jeu singulière, ou encore des jeux qui ont fait naître de véritables mascottes.

Et lorsque l’on parle de « culte » pour le jeu vidéo, ce sont justement les noms de mascottes qui reviennent régulièrement : Pac-Man, Mario, Zelda, etc.
Mais aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler de MON jeu culte, le jeu qui a marqué mon enfance, le jeu qui a déclenché chez moi une passion intense pour l’univers vidéoludique, un jeu vidéo désormais élevé au rang de « classique » par une large communauté de joueurs et de professionnels : Metal Gear Solid.

Metal Gear Solid est un jeu vidéo d'infiltration créé par Hideo Kojima et développé par Konami Il est sorti en 1998 sur PlayStation. Il faut suite à deux opus commercialisés sur MSX2 et NES entre 1987 et 1990. Metal Gear Solid met en scène un soldat d’élite du nom de Solid Snake dans une opération spéciale visant à contrer une attaque terroriste perpétrée par une arme de destruction massive : le Metal Gear.

Alors pourquoi culte ? Des jeux d’infiltration, il y en a des centaines aujourd’hui me direz-vous… C’est vrai. Mais Kojima ne s’est pas contenté de développer un jeu de progression avec ses codes et ses règles. Il a créé un véritable univers aux multiples sources d’inspiration, tout en le confrontant à des expériences vidéoludiques inédites.
Regardons cela avec quelques éléments révélateurs.

La radio

C’est le premier élément de gameplay qui est exposé au joueur. Solid Snake est en contact radio avec son équipe d’intervention durant tout le long du jeu. Toute personne ayant joué à Metal Gear Solid se souviendra du célèbre « Colonel, est-ce que tu me reçois ? ». Ou encore de l’instruction de ce fameux Colonel Campbell, donnant un indice au joueur pour qu’il note une fréquence radio inscrite à l’arrière de la jaquette du jeu.
Si la radio met le joueur dans une posture passive, car basée sur l’écoute et la lecture, Kojima en a pourtant fait un élément de gameplay singulier et marqueur de la licence, en développant tout un univers dramatique parallèle. Qui n’a pas déjà appuyé sur la touche « Select » de la manette PlayStation pour écouter les confessions sentimentales de Mei Ling en pleine phase de combat ?

Les points d’interrogation et d’exclamation

Un autre élément marqueur du jeu et véritable symbole du traitement décalé et parfois humoristique de Kojima : l’IA. Ce n’est clairement pas le point fort de Metal Gear Solid, mais le créateur a su s’en amuser. Ainsi, les fameux points d’interrogation blancs affichés telle une bulle de BD au dessus de la tête des gardes à chaque bruit ou présence suspecte de Solid Snake est également devenue un élément de gameplay à part entière. A tel point que le seul bruit du « Hum !? » se définit comme un code symbolique permettant au joueur d’anticiper la réaction d’un garde.

La cigarette

Solid Snake est un vrai personnage « badass ». Alors quand le joueur a l’opportunité de dégotter une cigarette de l’inventaire pour donner encore plus de « style » à son avatar, c’est tentant ! Sauf que ce dernier pourra voir la jauge de vie de Solid Snake diminuer à grande vitesse. Kojima a donc mis en place le premier dispositif vidéoludique au service de l’anti-tabagisme !

Le magazine porno

Un autre détail qui fait mouche ! Metal Gear Solid offre des décors de jeu où les magazines pornographiques sont cachés tels des trésors sacrés. Et si Solid Snake peut les récupérer, ce n’est pas pour compléter sa collection, mais plutôt pour s’en servir comme une technique de distraction : posez un magasine coquin dans un couloir, attendez qu’un garde le trouve et qu’il s’attarde dessus, puis passez en toute discrétion. Un autre élément de gameplay décalé inspiré par l’une des plus grandes faiblesses humaines !

Les cinématiques

C’est l’une des principales caractéristiques de la licence Metal Gear Solid. Cette production comporte presque autant de cinématiques que de phases de jeu. Une caractéristique qui a fait des adeptes, comme des détracteurs. Car Metal Gear Solid est avant tout un récit, un récit cinématographique et par moment documentaire. Puisant son univers contextuel dans celui de la Guerre Froide, beaucoup d’images d’archives servent d’explication politique du conflit exposé dans le jeu. Eléments qui sont ré-exploités par Kojima, afin d’alimenter son récit futuriste. Ainsi, la cinématique a une réelle place narrative au sein de Metal Gear Solid, car c’est un support qui permet d’alimenter l’univers dramatique exposé, de le nourrir, de participer à la construction de l’expérience symbolique du joueur. Et ce en utilisant un langage cinématographique fidèle et de plus en plus immersif au fil des productions.

Le duel face à Psycho Mantis

C’est le duel le plus culte du jeu et l’un des plus emblématiques de l’histoire du jeu vidéo. Si la particularité de Metal Gear Solid est d’offrir tout une panoplie de boss à vaincre pour progresser, certains relèvent d’une véritable expérience de jeu. Et c’est le cas pour le duel face à Psycho Mantis, un psychokinésiste et télépathe de talent. Le duel se déroule dans les bureaux du docteur fou, où le joueur doit éviter les projectiles et essayer de ne pas se faire contrôler par l’ennemi. Jusqu’au moment où Psycho Mantis s’adresse non plus à l’avatar, mais au joueur derrière son écran. Il lui demande de poser sa manette et d’attendre. Quelques instants  après, la manette se met à vibrer toute seule. C’est alors qu’un indice est donné au joueur : il faut débrancher la manette du port 1 et la brancher sur le port 2 de la console, pour éviter de se faire contrôler par Psycho Mantis. Un rapport virtuel / réel déstabilisant, mais totalement ingénieux, repoussant les frontières de l’expérience de jeu traditionnelle.

Ce sont quelques détails piochés et exposés de manière intentionnelle, afin de décrire Metal Gear Solid comme une production unique et marqueur d’une véritable identité de jeu. Kojima a créé une œuvre singulière, avec ses propres codes, ses propres règles, son propre langage. Ce qui justifie l’emprunt du qualitatif « culte » : au fil des évolutions et des avancées technologiques propres à la production vidéoludique, Metal Gear Solid reste et restera un exemple d’inventivité et d’originalité. Et ce malgré son graphisme qui fait désormais date.

Metal Gear Solid, une œuvre vidéoludique à découvrir et à redécouvrir.

Théo CABRERO

s'intéresse à tout, découvre des pépites et allume la mèche..