AMOUROUX. VU. Zonder à Maison Rouge

 

 

Jérôme Zonder, Fatum, exposition à la Maison Rouge

 

Jusqu’au 10 mai 2015

 

 

Quand on franchi la franchi la porte de l’exposition, on passe du quotidien à un univers particulier.

Seul sas, l’entrée du musée. Une fois poussée la porte, l’œil cherche des repères. L’œuvre est partout. Du sol aux murs un feuillage dense est dessiné. Une forêt en niveau de gris.

Dans ce couloir sombre, on découvre les œuvres de Jérôme Zonder. Des dessins à la mine de plomb et au fusain.

Pour ceux qui découvrent cet artiste, ils seront surpris par la diversité, la richesse des styles et des thèmes : l’histoire, les portraits, la folie, le cinéma, un travail tautologique sur le dessin ; une technique qui creuse le flou, le net, l’évocation, l’hyperréalisme ou à l’opposé une forme d’impressionnisme ou de pointillisme au fusain.

Ceux qui ne connaissent pas particulièrement le fusain, profiteront d’une galerie des possibles qu’offre ce morceau de saule carbonisé.

Jérôme Zonder exploite et explore ce medium dans toutes les directions. Ceux qui connaissent et apprécient cet outil sont surpris par ce qu’il en obtient.

À se demander, comme devant une des œuvres de la série Les Fruits du dessin, si on est face à une peinture ou à un dessin par touches.



Et de s’imaginer l’atelier ou la table à dessin de Zonder , remplie de bâtons noirs de différents diamètres, noircie par le fusain réduit en poudre pour être appliqué au doigt directement sur le papier.

On passe ensuite dans un univers ou la noirceur des compositions, leur violence remplace les pans de forêts sans lumière pour nous ramener à notre cruauté et aux abominations de l’histoire.

Deux séries marquent plus particulièrement : Jeux d’enfants et Chairs grises.

Jeux d’enfants n’en a que le titre car cette série présente des compositions d’une cruauté débridée. Elles créent un malaise car elles intègrent des enfants, leur univers (dans le n°1 de la série on voit un poster Disney) dans des scènes violentes qui mettent souvent en jeu la torture, la mutilation.

On pense au tableau du même nom peint par Pieter Brueghel l’Ancien en 1560 qui représente 90 jeux d’enfants différents. Mais bien que l’on y retrouve des jeux où la règle est de tirer les cheveux ou de frapper le perdant, on est loin de la violence que met en scène Jérôme Zonder dans ses compositions.

C’est le potentiel de monstruosité que l’humain a pu révéler qui nous éclabousse quand on est face à ces dessins.

Quelque soit la réponse à cette question, la barbarie du 20ème siècle marque profondément l’œuvre de Jérôme Zonder.

Dans la série Chairs grises, il représente l’horreur des camps d’extermination pendant la seconde guerre mondiale.


Voir cette exposition permet non seulement de découvrir un dessinateur audacieux qui remet en question son outil mais nous permet de pénétrer mieux en nous et dans les sous-bois étranges, effrayants de l’humanité.

 

Aurore AMOUROUX

grande lectrice, écoutrice, précise et sensible.