PETIT. Prouvé L’influence d’autres industries 4/8

L’intérêt de Prouvé pour les moyens de transport ne s’arrête pas à un goût pour la plastique des véhicules. Il en tire également des leçons quant à leur procédure de fabrication...

 

Extrait de mémoire Master II en Esthétique et philosophie de l’art. Novembre 2016

photo : Clémentz Luc
photo : Clémentz Luc

 

L’intérêt de Prouvé pour les moyens de transport ne s’arrête pas à un goût pour la plastique des véhicules. Il en tire également des leçons quant à leur procédure de fabrication. L’automobile constitue effectivement un symbole phare de la fabrication en série. Ce secteur rationalise chaque étape de la construction. Des recherches sont menées pour ensuite aboutir à des prototypes. Un modèle est choisi parmi eux et ne fera plus l’objet de modifications. Il est alors fabriqué en série, autant de fois que nécessaire.

 

 

 

Cette fabrication est méthodique mais interdit toute variation une fois lancée. Elle demande également une certaine simplicité des formes, en vue d’une production rapide. Lorsque le cours que Prouvé donne au Cnam depuis 1957 est rebaptisé « Techniques industrielles de l’architecture » en 1970 par ses soins, il propose à ses étudiants une nouvelle façon de concevoir cette matière. Il s’appelait auparavant « Art appliqué aux métiers » et accordait une grande place à l’histoire de l’art.

Prouvé préfère au contraire être à la pointe du progrès et étudier les dernières réalisations architecturales, mais aussi et surtout industrielles, même en marge du secteur du bâtiment31. C’est en effet en passant par le biais d’industries comme l’automobile ou l’aéronautique qu’il peut expliquer à ses étudiants comment produire autrement. S’il étudie des exemples plus anciens, ce n’est pas tant pour s’en inspirer que pour en montrer l’obsolescence. Il s’adresse alors à une assemblée composée d’architectes en

 

 

30 Ibid., p.65-67.

 

31 Guy LAMBERT, Valérie NÈGRE, « Jean Prouvé au Cnam, un professeur à l’oeuvre » dans Antonella TUFANO (coord.), Jean Prouvé, designer, op. cit., p. 138-151.

 

 

 

devenir, d’ingénieurs mais également d’artistes. Ce large panel montre à quel point sont indissociables dans le travail de Prouvé les idées de performance technique et de recherche esthétique. Le cours vise donc à tirer les meilleurs enseignements de l’industrie applicables à l’architecture.

 

 

 

 

Prouvé a lui-même appliqué ce principe dans ses diverses réalisations. Il n’est donc pas étonnant de retrouver des formes similaires à celles utilisées dans l’industrie automobile. Le choix de fabriquer en série a bien un impact sur les réalisations finales. Une telle façon de produire n’autorise pas toutes les libertés que pourrait prendre un architecte travaillant à un bâtiment unique.

Tout ce qui pourrait être assimilé à un décor ne vient pas se rajouter à ce qui est produit en atelier. Le formes des façades où des éléments de construction comme les portiques sont pensés comme définitifs. Leur aspect final ne diffère pas de celui qu’ils avaient en sortant de l’atelier, comme pour une automobile.

 

L’économie de moyens et de temps permise par la fabrication en série influe donc sur les choix esthétiques du constructeur.

 

Ce mode de production participe à la réalisation de formes épurées. On pourrait dire qu’il l’empêche de réaliser tout ce qu’il voudrait. Il oblige en effet Prouvé à opter pour certaines formes qu’ils n’auraient peut-être pas conçues sans cette contrainte. Mais c’est aussi justement par ces formes épurées que son travail est aujourd’hui si facilement identifiable.

On doit par ailleurs mesurer l’utilisation du terme de contrainte, dans la mesure où son travail semble justement se prêter à la fabrication en série, puisque son style n’est pas radicalement modifié lorsque Prouvé s’installe des ateliers de la rue des Jardiniers à ceux de Maxéville. Difficile alors de mesurer le poids de la contrainte et celui de la volonté du constructeur d’imposer des formes épurées et proches de l’industrie automobile.